Texte 1

 

         Merci, Monsieur Roegiers, dĠavoir acceptŽ mon invitation. Car a fait longtemps que je vous tiens ˆ lĠÏil dans le collimateur de mon insolence belgo-artistique. Comme disait le grand Jacques, Ç jĠai deux mots ˆ vous frire!ÈÉ mais il cassait du Flamingant, et vous tes plut™t unÉ Belgican, cĠest a, vous tes le dernier des Belgicans ! Vous tes un phŽnomne de la belge foire, un cas dĠespce rare, une race ˆ vous tout seul. Vous tes ˆ la fois  - et chaque fois avec quel panache ! - le dernier Belge ˆ avoir fui votre terre natale et le premier qui, par une courbe rentrante, lisse, sensuelle, irrŽsistible et brillante qui mĠŽlectrise et me dŽsespre, opre un singulier retour au bercail. Que se passe-t-il, Monsieur Roegiers ? Quelle mouche vous a piquŽ pour venir frapper littŽrairement ˆ la porte que vous avez si littŽralement claquŽ en son temps ? Certes, vous demeurez encore ˆ Paris mais avez sorti ces 4 dernires annŽes la bagatelle de 5 livres sur et autour de la Belgique, et sinon ˆ sa gloire, en tout cas pour sa trs subtile, sournoise et savante rŽhabilitation.

         La mouche qui vous a piquŽ, Monsieur Roegiers, sĠappelle Ç la-Belgique-tout-ˆ-coup-ˆ-la-mode-et-singulirement-en-France È et cette mouche est un flŽau que vous avez abreuvŽ, car le sang quĠelle pompe quand elle pique est lĠencre des livres que vous avez commis ! Le cercle est vicieux et infernal. Or il ne suffit pas de les Žcraser, Monsieur Roegiers : ces mouches-lˆ, on leur coupe la tte !

         Car la Belgique est une catastrophe et doit le rester. Mais la Belgique-ˆ-la-mode, qui sĠinvite dans les salons, sĠaccroche aux cimaises, collectionne les trophŽes, arbore ses classiques, son lexique pittoresque et sa grammaire douteuse, est une grave ineptie, pire : une mŽtaphysique dŽchŽance.

         En effet, tenir debout sans sa place prŽchauffŽe dans des Livres bien Žcrits, dans lĠHistoire majuscule, au creux douillet et flatteur dĠune noble Langue, a cĠest du sport existentiel ! ĉtre ˆ soi son propre sillage, a cĠest fortiche ! ĉtre dŽpourvu de gŽnie Ç propre È : quel coup de gŽnie ! Quelle fiertŽ cĠest, prŽcisŽment, de nĠen avoir aucune ! ĉtre historiquement irresponsable, culturellement athŽe, linguistiquement apatride, quel luxe! quelle chance! quel gain de temps, surtout, dans la course ˆ lĠessentiel qui est lĠŽternitŽ du nŽant !

         Mais avec vous, Monsieur Roegiers, on dŽcouvre comment faire du belge au kilomtre, du belge pour ascenseur, du belge comme mŽdicament, du belge pour redevenir belge. DĠaucuns ch‰tient dŽjˆ leur dŽtresse, plastifient leur accent, archivent leur ŽtrangetŽ, sĠemballent sous vide, fermentent sous cloche et finissent par puer copieusement lĠennui, engoncŽs quĠils sont dans le carcan de la Ç belge attitude È. La bouffonnerie, lĠautodŽrision, le dŽcalage, la maladresse et les mille autres poncifs que vous consacrez comme belges manire, systme, marque, identitŽ, essence et fond de commerce culminent dans un nouvel acadŽmisme, du genre pompier singulirement pompant.

         DŽjˆ la Belgique-ˆ-la-mode a semŽ un doute au sein de notre gŽniale, astucieuse et indŽcrottable modestie : Ç Serions-nous fantastiques, originaux, rafra”chissants ? È. DŽjˆ la Belgique-ˆ-la-mode monte ˆ la tte des plus vulnŽrables, fragiles, inconsistants, dĠentre nous : Ç On va finir chauvin si a continue ! È Disons-le tout net, Monsieur Roegiers : un Belge qui se regarde tre belge, fžt-ce depuis Paris, est un Belge bon pour lĠexportation, ˆ remplacer par un immigrŽ fra”chement revenu de tout, dŽsespŽrŽment livrŽ ˆ lui-mme et impermŽable ˆ toute illusion.

         La Belgique nĠest pas g‰tŽe par la nature et le Belge refuse de lĠtre par la culture. Alors quĠil faut sauvegarder ce rare privilge dĠexister p‰teusement, sans queue ni tte, comme pathŽtique accident, on passe insensiblement, ˆ lire vos puissants ouvrages, Monsieur Roegiers, de la science de soi comme con ˆ la conscience de soi comme Belge prt ˆ parader sur les Champs-ƒlysŽesÉ Beurk !

         Non, Monsieur Roegiers, il ne fait pas bon tout d'un coup tre belge. Etre belge est un supplice qui doit rester dŽlectable, pas un atout, un tremplin, un Ç petit plus È dans la carrire qu'est devenue la vie. Etre belge est un Ç petit moins È trop prŽcieux pour ne pas le cultiver jalousement derrire mille prŽcautions.

         La Belgique est une catastrophe et allait le rester, pensiez-vous en la quittant sans mŽnagement il y a 25 ans, Monsieur Roegiers, elle qui coupait les subsides de votre ThŽ‰tre prŽmonitoirement baptisŽ Provisoire, peu aprs votre pice ˆ succs, Pauvre BÉ !, dĠaprs des textes aussi lucides que percutants de Baudelaire sur la Belgique. Et Dieu sait combien Baudelaire a vomi, conspuŽ, exŽcrŽ la Belgique ˆ mesure quĠelle devenait le thŽ‰tre (pas du tout provisoire celui-lˆ !) de sa finale dŽchŽance... Dieu et vous, Monsieur RoegiersÉ qui avez conchiŽ la mŽdiocritŽ endŽmique de la Belgique dans la foulŽe du grand Charles et ˆ mesure quĠelle sĠenttait ˆ ne pas reconna”tre votre gŽnie !

         ‚a, cĠŽtait du grand Roegiers ! Pauvre BÉ ! voilˆ un texte visionnaire ˆ opposer ˆ la belgomania ambiante, ˆ la Belgique subitement dŽcomplexŽe, ˆ la baudruche infatuŽe de la belgitŽ. Pauvre BÉ ! voilˆ un texte thŽrapeutique qui nous vaccine de tout orgueil national !

         Quelle mouche vous a donc piquŽ, Monsieur Roegiers, pour revoir votre copie ?

         Et ne protestez pas de votre innocence : vous Žcriviez cet automne dans Juliette & Victor (le magazine huppŽ des Franais installŽs en Belgique) : Ç Les Franais adorent tout ce qui est belge. (É) Les Belges sont ˆ la mode (É). Ce sont les chouchous (de Bruxelles) des Franais. È

         Et ce ne sont pas vos livres fouillŽs, Žrudits, baroques, flamboyants et lyriques qui vont dŽmoder la Belgique, qui sont de vrais Belgique-mode dĠemploi. Vos livres, Monsieur Roegiers, veulent donner ˆ la Belgique, non : excellent ˆ lui donner, ses lettres de noblesse, toutes singulires et biscornues fusent-elles, mais de noblesse quand mme. Et vous savez ce quĠont fait en France avec la noblesse (et quĠon nĠa que trop tardŽ ˆ faire en Belgique : jĠen suis la preuve vivante), la noblesse, on la raccourcit !

 

 

Texte 2

 

         Auriez-vous le mal du pays ? Grand mal vous fasse : il suffisait de ne pas partir ! Mais vous aviez des prŽdispositions au dŽpart, puisque, encore Bruxellois, vous le confessez, vous corrigiez dŽjˆ les fautes de votre belge pre, qui disait tranqu•e pour tranquille, plouie pour pluie et septante pour setanteÉ (Mais dĠo tirez-vous quĠil faut dire setanteÉ. ?) Ah ! tout ce que vous avez dž dŽsapprendre en dŽbarquant ˆ Paris ! Ah ! tout ce que vous avez dž rŽapprendre pour camper si bellement la belge langue qui nĠexistait pas assez pour vous empcher de lĠinventer, de la fantasmer et de nous enfoncer la tte dedans sous prŽtexte quĠelle est la n™tre !

         Auriez-vous le mal du pays ? Grand mal vous fasse : il suffisait de ne pas partir ! Car de loin, on y voit moins bien, forcŽment, que ceux qui ont moisi dans le cambouis national, de sorte que vous consol‰tes votre Žloignement par une masse ahurissante et passionnante de connaissances, qui fait de vous sans conteste le plus Žminent et le plus encyclo-poŽtique belgologiste, docteur s belgicismes, particularismes artistiques et autres truculences locales... quĠignorent la plupart de ceux qui moisissent dans le cambouis national, ou quĠils ne pratiquent plus, ou quĠils ne boursouflent pas de souvenirs trop fabuleux pour tre vrais, tant il est vrai que la mŽmoire lointaine est la facultŽ mentale qui sait le plus se faire plaisir... Tout cela sent le folklorique, Monsieur Roegiers, le dŽsuet, la poussire des bibliothques, la consŽcration musŽale. Ç Mme expatriŽ, Žcrivez-vous, par toutes les fibres de mon tre, et les Žlans de mon imaginaire, malgrŽ tout ce quĠil mĠen cožte, je sais ˆ prŽsent quĠil nĠy a au fond pas plus belge que moi. È (MDP, 18) Sans doute, Monsieur Roegiers, mais les Belges ne co•ncident pas avec les Žlans de votre imaginaireÉ Vous dites Žcrire Ç en belge È et Ç ˆ la belge È (MPD, 18) mais ce belge garanti belge est trop parfait pour ne pas tre juste bon ˆ figurer au nombre des chefs-d'oeuvre du Patrimoine oral et immatŽriel de l'humanitŽ momifiŽe par les Žminences grises de lĠUnesco.

         Auriez-vous le mal du pays ? Grand mal vous fasse : il suffisait de ne pas partir pour que votre livre, pourtant si instructif, nuancŽ, dr™le, mordant, fŽroce, subjectif, ne tienne du guide touristique pour Žtrangers intellos en veine de dŽpaysement ! Mais les locaux sĠy sentent dans des bocaux, dans le formol de vos mots, de vos gŽnŽralisations ˆ lĠemporte-pice, de vos divagations ethno-poŽtiques, de vos clichŽs dĠun autre ‰ge. Consolation, ils nĠy sentent ni le moisi, ni le cambouis ! Mais il est difficile de sĠy retrouver dans votre galerie de portraits-robots, de portraits-types et de porcs-trs-gras du Belge plus belge que a tu meurs alors quĠil y a encore des Belges bel et bien vivants ! Difficile surtout, Monsieur Roegiers, de ne pas vous opposer avec mauvaise foi et mauvaise humeur lĠanthropologie viscŽrale, hargneuse, revche, bourrue, abrupte, certes moins scientifique mais tout aussi littŽraire, de lĠhomo belgicus etiktor terminator, qui dŽdaigne souverainement les Žtiqueteurs en chambre, les identitŽs parachutŽes, les racines en kit, les destins postfabriquŽs, les typologies avantageuses, les honneurs compassŽs, comme tout ce qui passe sans laisser de marques, dĠodeurs, de blessures. LĠhomo belgicus etiktor terminator se mŽfie des louanges, mme dŽtournŽes, sophistiquŽes, impitoyables : il ne se reconna”t quĠun seul droit, qui est un devoir, celui  de compter sur sa seule impuissance pour se sortir de soi-mme, sans dŽtour balisŽ, sans se bercer dĠhistoires, de glorioles, de lŽgendes autres que cyclistesÉ La Belgique en vogue ? Et puis encore ? La Tour Eiffel en chocolat sur la Grand-Place tant que vous y tes ! Vous nĠy tes pas du tout, Monsieur Roegiers !

 

Texte 3

 

         On a tous mal au pays, Monsieur Roegiers, tous ici prŽsents, mais chacun, vous lĠentendez par ma voix outrŽe, est jaloux de la forme que prennent chez lui ce mal et son absence de remde. Ç Qui peut se vanter dĠŽchapper au mal du pays ? È pleurait dŽjˆ depuis Paris en 1895 Georges Rodenbach, lĠauteur de Bruges-la-Morte. Et on croit vous entendre quand vous le citez ˆ propos du Ç mensonge de lĠart È : Ç On nĠaime que ce quĠon nĠa plus. Le propre dĠun art un peu noble, cĠest le rve, et ce rve ne va quĠˆ ce qui est loin, absent, disparu, hors dĠatteinte. Pour bien aimer sa petite patrie, - car il faut quĠon aime ce quĠon va traduire en art, - le mieux est quĠon sĠen Žloigne, quĠon sĠen exile ˆ jamais, quĠon la perde dans la vaste absorption de Paris, afin quĠelle soit lointaine au point dĠen sembler morte. È (BRP, 130-131).

         Au nom des Belges encore bel et bien vivants, je crois pouvoir dire : ultimes artistes belges expatriŽs ˆ Paris, on vous comprend, on vous pardonne et on vous plaintÉ mais, de gr‰ce, nĠoutrepassez pas les bornes dans la narration de votre nostalgie ! Vous vous exposeriez aux limites de notre compassion ! Craignez que nous ravivions la racine indoeuropŽenne du mot belge, ˆ savoir bhel – belgh Ç enfler, gonfler È, par allusion au caractre batailleur des anciens Belgae (Ç enflŽs, gonflŽs de colre È) ! Oui, Monsieur Roegiers, vous nous les gonflez, quand vous proposez de Ç lire È – et cette inflexion littŽraire est trs significative – quand vous proposez de Ç lire (É.) les actes monstrueux È de Dutroux, du dŽpeceur de Mons et du pasteur Pandy – je cite –  Ç comme une METAPHORE de la mise en pices gŽnŽrale du royaume de Belgique en soi È (MDP, 264) ! Non, Monsieur Roegiers, ce nĠŽtait pas des mŽtaphores, ni des litotes dĠailleurs, et encore moins des mŽtonymies, anacoluthes et autres absconses figures de rhŽtorique. CĠŽtait trois figures  bien rŽelles de la rŽalitŽ cruelle de notre indŽcrottable contrŽe, trois pierres dĠachoppement en chair et en os exemplairement palpables, sensibles et sensationnelles, trois flasques poches de rŽsistance inf‰me ˆ toute rŽcupŽration poŽtique : pour une fois quĠon touchait le fond, quĠon Žtait grandioses, quĠon Žtait Ç les plus braves car – merci dĠavoir retrouvŽ la fin de la citation de Jules CŽsar – les plus ŽloignŽs de la civilisation È (MPD, 91), pour une fois quĠon parlait de nous sans les mots surrŽalisme, autodŽrision et humour dŽcalŽ. Victor Hugo vous le demandait dŽjˆ, Monsieur Roegiers : Ç La gloire de la Belgique, cĠest dĠtre un asile. Ne lui ™tez pas cette gloire È (BRP, 54). Toute la Belgique vous le redemande : ne nous ™tez pas cette gloire en nous transportant, par vos mots trop beaux, ailleurs : metaphora, en grec, veut dire Ç transport È.

 

Texte 4

        

         Vous lĠŽcrivez justement, Monsieur Roegiers : Ç Le Belge au fond ne se sent pas belge et ne croit gure ˆ sa nationalitŽ È (MDP, 297). Je vous accuse de concourir par vos livres ˆ ce quĠil commence dangereusement ˆ y croire. Je vous accuse de lui offrir par vos livres un miroir si convaincant quĠil se singera lui-mme pour coller ˆ son image. Je vous accuse dĠoffrir de lui par vos livres un portrait que vos lecteurs franais lui renverront ˆ la gueule sous forme de tartes ˆ la crme ˆ travers les 873 barreaux de vos 873 dŽfinitions de la Ç belge essence È. Je vous accuse, en somme, de donner les clŽs dĠun pays qui avait eu la bonne idŽe de faire sauter toutes ses serrures. Je vous accuse, au passage, dĠosciller symptomatiquement entre la majuscule et la minuscule, non seulement dĠun livre ˆ lĠautre mais ˆ lĠintŽrieur dĠun mme livre et parfois dans la mme page (MDP, 9), ds que vous utilisez le mot belge en attribut (comme dans Ç je suis belge È ou Ç je me sens belge È). JĠaccuse cette hŽsitation orthographique de reflŽter votre foncire ambivalence ˆ lĠendroit de votre terre natale, jĠaccuse cette ambivalence de transpirer malgrŽ vous entre les lignes de vos livres, et je vous accuse de pousser cette ambivalence jusquĠˆ regretter dĠavoir prtŽ votre concours ˆ la prŽsente farce. Je vous accuse mme dĠavoir rŽservŽ une place dans le Thalys Bruxelles-Paris de 19h43 pour mĠobliger ˆ Žcourter cette farce. Je vous accuse dĠavoir dŽjˆ estampillŽ Ç 100 % pur belge È cette farce. Je vous accuse surtout de voir dans tout ceci une farce, alors que je ne pousse ici, et de toutes mes forces, que le sŽrieux qui mĠanime dans ses derniers retranchements !

 

Texte 5

 

         LĠŽtau se resserre, Monsieur Roegiers, la lame se rapproche, la boucle se boucle : je suggŽrais, en commenant ma diatribe, que votre entreprise visait ˆ hausser lĠautodŽrisionisme, lĠapatriotisme, le compromisme, la baragouinisme, le balourdisme et autres belges idiotismes au rang des beaux-arts ou de quelque folklore existentiel, que votre entreprise, donc, visait ˆ redorer le piteux blason de la Belgique, de la belgitŽ, de lĠtre-belge. Comment comprendre, sinon, votre dernier opus, le plus volumineux, une vŽritable somme, qui cl™t le cycle et pour lequel vous vous bricol‰tes la casquette dĠhistorien illustre de la famille royale ? Votre royalisme suintait dŽjˆ dans la dŽdicace du livre prŽcŽdent : Ç A ceux qui font la Belgique, et pas ˆ ceux qui la dŽfont È (BRP, 160). Vous nĠignorez pourtant pas que nous sommes nombreux ˆ vouloir abrŽger les souffrances de la Belgique en lĠeuthanasiant ˆ la faveur de son rattachement au Congo. Mais lˆ nĠest pas la question. Ma question, Monsieur Roegiers, est plus simple : rvez-vous dĠtre anobli ? Croyez-en un homme du terrain, a ne rŽsout rien ! Le comte vous dit que votre compte est bon ! Car vous me remercierez un jour, Monsieur Roegiers, dĠavoir mis le holˆ ˆ votre entreprise tout ˆ fait paradoxale. Vous dŽplorez en effet que nombre de Belges dussent monter ˆ Paris pour y conna”tre la gloire et mieux revenir, tout aurŽolŽs et enfin applaudis, dans leur pays si peu perspicace. Mais, sans mon intervention, Monsieur Roegiers, cĠest la Belgique tout entire qui, avec vos 5 livres, reviendrait au pays toute aurŽolŽe et tout ˆ coup applaudie par les Belges en liesse sous prŽtexte quĠils ont la cote ˆ Paris !

         Il vous faut revenir ˆ votre intuition premire, Monsieur Roegiers, et rŽpŽter le vomissement baudelairien originel, cĠest-ˆ-dire avant quĠil ne devienne littŽraire, chic, affectŽ, raffinŽ, terriblement intŽressant. Pauvre BÉ ! Pauvre Roegiers ! Laissez une dernire fois rimer la cinglante et trs franaise guillotine avec la bonne et typiquement belge tartine !